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jeudi 3 février 2011

Entretien avec Valérie Bonneton


 jeudi 18 décembre 2008

Comment êtes-vous venue au théâtre?
Vous voulez dire comment j'ai décidé d'en faire ma vie ? J'en avais fait en 5ème et ça m'avait vraiment marqué. J'avais absolument adoré. J'en ai refait ensuite en terminale et je me suis dit que c'était ce que je voulais. Je m'étais renseignée sur l'école qu'il fallait faire et je rêvais du Conservatoire. Je voyais tous ces acteurs, Louis Jouvet etc.
et ça me faisait rêver. J'ai fait les cours Florent pour avoir le Conservatoire. J’ai passé le concours, et je l'ai eu. C'était génial. Le Conservatoire, c'est formidable, on peut vraiment travailler.

Il y a-t-il une scène particulière que vous avez travaillée ou un professeur en particulier qui vous a apporté plus que les autres ?
Aujourd'hui je joue surtout dans des comédies, même si en ce moment, ça change. Au Conservatoire, j'ai beaucoup travaillé Claudel. J'adorais. L'école, c'est le seul endroit où on peut tout essayer. Ensuite, quand on est engagé, on a moins l'occasion de faire autre chose. Le Conservatoire c'est un souvenir merveilleux.

Est ce qu'il y a des gens avec qui vous avez travaillé au Conservatoire et avec qui vous continuez de travailler aujourd'hui, des rencontres déterminantes ?
Oui. Des amis surtout. Et puis je suis rentrée avec Jeanne Balibar. On ne se voit plus parce que c'est la vie mais on a travaillé ensemble et c'est quelqu'un que j'aime beaucoup. On était au Cours Florent ensemble, on a passé le concours ensemble, on l'a eu ensemble.

Cette manière de travailler, cet enthousiasme, est ce que vous le retrouvez au cinéma ?
Si vous me demandez si je préfère le théâtre ou le cinéma, en fait ça dépend. Ça dépend parce que moi ce que j'aime c'est l'abandon. C'est l'inconscient qui travaille et puis laissez faire les choses. Au théâtre par exemple, si on inscrit trop un rôle, un personnage, jouer tout les soirs la même chose ça devient impossible. Ça rejoint le cinéma où il faut inventer à chaque fois. Il faut se laisser aller à des choses complètement inattendues. Au théâtre, le bonheur du travail, c'est de réinventer tous les soirs. Ne pas savoir ce qu'il va se passer quand on va jouer. C'est aussi le meilleur moyen de ne pas avoir le trac. Parce que si on cherche à maîtriser, ça met une telle pression quand on arrive pour jouer que c'est l'horreur, on est forcément faux. Bien sûr, il faut travailler le personnage, mais quand on joue, si on cherche une vérité, une spontanéité, c'est toujours plus fort.

Et quand vous jouez, qu'est ce qui vous porte ?
Tout dépend du partenaire. Si on est dans la même situation, si on joue la même chose, c'est parfait. Si on ne joue pas la même chose, c'est très dur. Et puis le texte. Les deux en même temps. Peut être d'abord le texte quand même...

Comment faites-vous pour travailler un rôle ?
Je lis la pièce, plusieurs fois, en essayant de ne pas trop me poser de questions, parce que si on cherche tout de suite à plaquer quelque choses, ça ne marche pas. En lisant le texte plusieurs fois et longtemps avant, il y a des choses qui viennent naturellement et inconsciemment. Ça nous happe malgré nous. Et plus l'échéance se rapproche et plus je me mets à travailler. Après, on commence à répéter et là, on travaille profondément. Ça ne nous quitte absolument plus. La lecture, ça défriche grossièrement. Mais ça ne sert à rien de travailler plus tant que les partenaires et le metteur en scène ne sont pas là. On s'imagine toujours des choses et quand on arrive, ça n'est pas ce qu'on s'est imaginé.

Et comment vivez-vous le fait d'investir ou d'être investie par un personnage ? Parce que vous avez joué dans des comédies mais aussi dans des pièces moins évidentes: Le Dieu du carnage, Penthésilée...
Je suis happée par la pièce et par le rôle, complètement. Quand on a des enfants dont il faut s'occuper, il y a des périodes de répétition qui sont vraiment difficiles. On y pense sans arrêt. Une fois que les représentations sont finies, j'y pense un peu, j'y pense comme ça.

La pièce pour laquelle vous avez eu un Molière, Le Dieu du Carnage, l'aventure est arrivée comment ?
J'avais joué La Ronde de Schnitzler à Marseille, c'était superbe, un régal de répétition, un grand bonheur. Yasmina Reza était venue voir la pièce et je sais qu'elle m'a beaucoup beaucoup aimée. Après elle a parlé à mon agent, elle a dit qu'elle avait une pièce et qu'elle pensait à moi pour un rôle. Mais ça arrive souvent qu'on dise ça et qu'après on n'ait plus de nouvelles. Un an après, on a fait une lecture et elle était très contente. Elle m'a appelée le soir même, elle était très emballée. Plus tard on a fait une lecture avec Isabelle Huppert. Et  ça s'est fait comme ça.

Et est-ce que pour vous, avoir reçu un Molière, c'est quelque chose de particulier ?
Oui. Sur le moment, ça m'a fait énormément plaisir. J'étais survoltée le jour même. Et même avec le recul on se dit «Ça n'est plus comme avant ». C'est une reconnaissance. Bon, trois jours après on oublie. Mais quand j'y repense, je suis fière, je suis vraiment contente.  Et puis les gens m'en parlent.

Et vous avez la sensation que ça a changé le regard des gens sur votre travail....
Je pense que ça confirme ce que les gens pensent. Les gens connus, on n'hésite pas à les solliciter. Un excellent acteur qui n'est pas connu, on se pose la question avant de l’appeler... J'ai l'impression que c'est plus facile avec la reconnaissance...

Est-ce qu'il y a des personnes que vous admirez dans ce métier, ou alors qui vous ont porté, qui ont fait naître votre désir de jouer...
Malheureusement, quand j'étais petite, on ne sortait pas du tout. Je viens du Nord, on n'allait jamais au théâtre. C'est vraiment tard que j'ai découvert. Bien sur, j'adorais Louis de Funès à la télé, il y a plein d'acteurs que j'adorais. Michel Serrrault par-dessus tout. Pour moi c'est vraiment l'acteur par excellence.

Et y a-t-il des personnes avec qui vous aimeriez travailler, ou des rôles qui vous tentent ?
Je serais très heureuse de jouer un Tchekhov, Les Trois sœurs par exemple. Après il y a beaucoup de rôles intéressants, de grands rôles. J'aimerais les jouer, mais je ne rêve pas de rôle précis.

Et pour les projets, est-ce que cela vous arrive d'être à l'origine des projets ou est-ce qu'on vient vous voir ?
Il ne m'est jamais arrivé d'être à l'origine d'un projet. Ça serait bien que ça se fasse d'ailleurs... Mais je ne sais pas comment m'y prendre. J'aimerais écrire mais mes enfants sont trop petits. Ce sont des périodes de vie comme ça.

Et vos enfants justement, est-ce qu'il y a des choses que vous avez envie de leur transmettre, à travers tout simplement la lecture, etc. ?
Oh bien oui ! C'est un tel bonheur tout ce qui est artistique ! Mon garçon fait de la musique, et je l'emmène au théâtre dès que je peux. Ma petite fille ça sera pareil. J'ai vraiment envie qu'ils s'amusent surtout !

Et si une jeune comédienne venait vous voir aujourd'hui pour vous demander des conseils, quels seraient-ils ?
Je crois qu'il n'y a absolument pas de règles... J'ai toujours toujours pensé que quand on voulait profondément quelque chose, on pouvait y arriver. On arrive à tout avec de la patience. C'est toujours ce que je me suis dit. A part des drames et des histoires de santé, si on est passionné et exigeant, pourquoi on n'y arriverait pas ? Mais par exemple, mon fils, ma fille, si c'est ce qu'ils voulaient faire, je voudrais vraiment qu'ils fassent des études à côté. Faire des études, d'abord parce que c'est enrichissant, tout simplement, et puis même, faire autre chose c'est bien. Parce que c'est tellement dur... ça demande une sacrée force... Il faut croire en soi.

Oui. Et vous, maintenant que vous avez cette maturité là, est ce que vous vous adonnez à une autre activité ? Vous parliez tout à l'heure de musique...
La musique, je m'y suis mise tard, mais j'avais toujours rêvé d'en faire. Dès que je peux, je fais un petit peu de piano. Mais bon, je n'ai pas beaucoup de temps, avec les enfants... mais tout est un art ! la cuisine aussi...  C’est une philosophie de vie de cultiver tout ça…

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