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mercredi 13 avril 2011

Le Maître de Cérémonie de la 25ème Nuit des Molières est : Laurent Lafitte !


Comment êtes-vous arrivé sur le projet de la 25ème Nuit des Molières ?
J’ai dit « oui » sans réfléchir (rires) et je ne le regrette pas.  Mais la pression monte... Je crois que c’est Didier Long, Pierre Lescure et Dominique Segall qui ont proposé mon nom aux Molières et à France 2. Comme personne ne veut s’y coller, ils ont dit « oui, très bien ! ». Je crois aussi que cette année, ils voulaient que ça soit les comédiens qui prennent la parole.
Pourquoi j’ai dit oui ? Parce que les Molières, je trouve que c’est un moment important dans le théâtre, ça fait partie du métier. C’est un moment où on célèbre tous les créateurs de l’année, où on parle de théâtre à une heure de grande écoute. Et puis il y a de quoi faire ! On part d’une cérémonie très didactique : des animateurs télé remettent un enchaînement de prix, de manière un peu expéditive. Comme il y a un vrai désir de faire quelque chose de différent cette année, c’est sympa parce que je n’ai pas à rentrer dans un format. La liberté de ton a l’air totale, donc ça m’amuse.

Comment faites-vous pour préparer votre rôle de maître de cérémonie ?
J’écris tout seul, pour le moment. Je ne vais pas renouveler la forme. De toute façon, ça restera une cérémonie de prix. J’ai un humour un peu moqueur, un peu cynique, donc je ne veux pas me freiner là-dedans. Je vais essayer, sans blesser personne, de m’amuser avec les codes, de m’amuser avec le clivage privé et public.

Ce clivage, il a une réalité pour vous ?
Je navigue entre les deux. J’ai été formé au Conservatoire, j’ai travaillé dans le subventionné, dans le privé aussi, j’ai fait du one man show, j’ai fait du cinéma, même de la comédie musicale, plein d’univers différents. Donc je ne me sens pas, moi, victime d’un clivage. En revanche je sens qu’il existe, même si ça a tendance à s’estomper. Quand on voit les collaborations qui peuvent se mettre en place entre le Théâtre du Rond-Point et le Marigny… Mais, déjà quand Gildas Bourdet était à la Criée, ses créations étaient jouées au Théâtre Hébertot.

Vous avez regardé la cérémonie les années précédentes ?
J’avais regardé l’année où nous étions nommés avec Zabou pour Des Gens. Il y avait des trucs marrants mais j’ai trouvé que c’était un peu improvisé. Moi j’ai envie de quelque chose de très carré. Il y a suffisamment d’éléments qu’on ne contrôle pas - qui gagne, qui vient parler et combien de temps - que tout ce qu’il y a autour, il vaut mieux que ça soit bien calé. Donc j’écris tout, réplique par réplique. Ensuite, avec les comédiennes qui me rejoignent, on va s’adapter pendant les répétitions. Mais je veux vraiment une base où tout est scénarisé et écrit.

Ces comédiennes, ce sont :
Judith Magre, Mélanie Doutey et Valérie Bonneton.
Il y a aussi certains Molières que je vais remettre avec Guillaume Gallienne. Il y aura donc quatre personnes qui viennent me retrouver sur le plateau, en plus d'une remettante pour le Molière d’honneur, un remettant pour la comédienne, et une remettante pour le comédien.
Il y aura quand même pas mal de passage, on ne verra pas ma trombine pendant 1h15 !
Et pour les lauréats qui parlent trop longtemps, j’ai une menace. Je ne vais pas vous la révéler mais c’est un outil de menace assez dissuasif. 

Comment êtes-vous venu au métier de comédien ?
Le métier de comédien ? Je ne me souviens pas de m’être réveillé à un moment donné et de m’être dit « je vais faire ça », parce que j’ai l’impression de ne m’être jamais dit autre chose. Ça a toujours été ça, de manière plus ou moins assumée ou avouée, mais ça n’a jamais été autre chose. C’est l’envie d’être sur scène, de raconter des histoires, de faire rire les gens. C’est l’envie aussi de vivre des histoires, une envie de liberté. C’est un mélange d’envie de liberté et un truc psychanalytique. Peut être que les comédiens ont envie d’être plus aimés que les autres, et c’est peut être ça qui les rend odieux… En tous cas, le plaisir de jouer, ça c’est sûr, de continuer à jouer, comme quand on est gamin. Il y a peu de métiers où on dit "jouer".

L’écriture, c’est venu avant ou après cette envie de jouer ?
L’écriture, c’est plus une envie de liberté et d’autonomie. Quand on est comédien, on est très dépendant de toute une chaîne de création. On arrive vraiment en bout de piste. C’est quelque chose qui m’a toujours un petit peu gêné. J’ai toujours eu envie de prendre les choses en main, de ne pas attendre de susciter le désir chez les autres créateurs. C’est venu de là. Et puis le désir aussi, en tant que comédien, de m’écrire des trucs sur mesure, de m’écrire des trucs que personne ne me proposerait jamais. Ce que j’ai fait avec le one man show.

Lorsque vous n’êtes pas à l’initiative des projets, comment les choisissez-vous ?
C’est un mélange de plein de choses. C’est évidemment l’œuvre à défendre, l’écriture à défendre. Et puis beaucoup les gens avec qui ça se fait aussi. Parce qu’un texte sublime avec un metteur en scène qu’on ne sent pas trop, un peu autoritaire, ou des partenaires avec qui on n’a pas d’affinité, ça peut devenir un cauchemar.  Surtout au théâtre où on se voit tous les soirs, pendant très longtemps, où on part en tournée… donc c’est un mélange de plein de choses mais il y a beaucoup d’humain.
J’ai besoin de sentir que le metteur en scène est client de ce que je vais lui proposer. J’ai besoin de sentir qu’il sait ce qu’il veut et que, dans ce que je vais lui proposer, il va faire son marché. J’aime bien travailler dans la proposition. Un metteur en scène peut être directif sans être autoritaire, c’est un équilibre. Mais le metteur en scène gourou, ça me gonfle très vite. Déjà, en cours, il y a des profs un peu gourous, et les élèves ont l’impression d’être dans une secte… ça m’a toujours gonflé.  Je n’ai pas envie d’être avec un grand manitou. Par contre, c’est son entreprise, on est à son service, et en tant qu’acteur c’est vraiment important.


Justement, quand vous étiez à l’école, vous êtes parti en Angleterre. Racontez-nous.
J’adore Shakespeare. Je voulais travailler Shakespeare en anglais. Au Conservatoire, j’avais la possibilité de partir faire ma troisième année là-bas. J’ai pris une école qui avait aussi une spécialisation comédie musicale parce que je voulais travailler sur la voix, le corps, la danse. C’est un répertoire qu’on n’utilise pas beaucoup en France, qui n’est pas beaucoup monté. Mais il y a de très belles choses, surtout du côté anglo-saxon parce qu’en France, après l’opérette, il n’y a pas eu ce relais. C’est très théâtral et très très riche du point de vue dramaturgique. Je voulais explorer tout ça et, en France, ça n’était pas possible. Donc j’ai fait ma troisième année de Conservatoire là-bas. Mais je ne serais pas parti à l’aventure. Je l’ai fait parce que j’étais dans une structure…
La manière de travailler là-bas est différente mais le résultat c’est qu’on a tous envie de faire de beaux spectacles. J’ai senti, en Angleterre, un rapport à ce métier différent : une sorte de pragmatisme, moins d’affect. C’est un peu moins cérébral qu’en France. On est plus comme un artisan, peut être un peu moins torturé. Après, ça dépend avec qui on travaille ! ça n’est pas la même chose de monter une comédie musicale dans le West End  et de travailler sur Sarah Kane… Ça dépend des répertoires, mais de manière globale, il y a quand même une approche pragmatique de ce métier que j’aime bien. Il faut travailler : on travaille, on arrive à l’heure, texte su. On répète moins longtemps mais on ne passe pas 10 jours texte en main. C’est un détail mais c’est assez représentatif de l’état d’esprit.


Vous avez d’autres souvenirs de votre apprentissage ?
Dans l’apprentissage, tout a été bénéfique de manière différente. Quand j’ai fait Florent, je n’ai pas appris la même chose qu’au Conservatoire avec Muriel Mayette et Philippe Adrien. Mais j’ai toujours été intéressé par ce qui se passait. Le Cours Florent, c’était oser être comédien et oser prendre ça comme une possibilité de vie, réaliser tout ce que ça implique. Le Conservatoire, c’était plus une notion d’exigence. Etre comédien, ça pouvait vouloir dire avoir une responsabilité sociale, voire politique. C’est ça qui m’a construit.


Le cinéma, la télévision, c’est un travail qui vous plaît aussi ?
Le cinéma, j’en ai fait avant de faire du théâtre, des petits rôles par-ci par-là. J’ai toujours alterné entre cinéma, théâtre. Mais au théâtre j’ai plus eu à manger…
J’ai fait un petit peu de télé quand j’avais 20 ans, pour m’amuser. Ça fait partie des choses qui m’ont permis de me rendre compte qu’il fallait être sélectif dans ses choix, qu’il fallait faire des choses qui me correspondent. Parce que s’il y a une dichotomie entre ce qu’on fait et ce qu’on est, on n’est pas heureux, même si on a du succès.


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