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mardi 12 avril 2011

Christian Hecq : " Y remettre de la vie"


Un peu à l’écart de la salle bruissante du Ministère de la Culture où sont reçus les nommés, Christian Hecq, moliérisé en 2000 et nommé cette année, nous parle de...


Feydeau et d’Un Fil à la Patte...
J’aime bien Feydeau. La folie de Feydeau me plaît. Mais il n’y a pas que lui qui me parle profondément. C’est juste que le hasard fait que j’ai joué Feydeau dans des spectacles qui étaient exposés. Que ce soit à Chaillot ou à Richelieu, ce sont des lieux qui sont exposés. Le fait d’être exposé joue aussi pour les Molières.
Pour cette mise en scène, Jérôme Deschamps s’est fortement inspiré de la mise en scène de Jacques Charon. Moi je me suis abstenu de regarder la trace filmée de ce Fil à la patte avec Robert Hirsch. Je suis un grand admirateur de Robert Hirsch. J’avais peur d’être trop influencé, d’être bloqué par mon admiration.
Une fois que les marques ont été prises, je me suis dit : « je vais me payer le luxe de regarder ». J’ai été extrêmement impressionné par Robert Hirsch. Les autres acteurs aussi, bien sûr, mais en ayant interprété Bouzin, je focalisais beaucoup sur lui.
Dans un projet, il y a plusieurs choses importantes. Parfois c’est difficile de les réunir toutes. Il peut y avoir le désir de travailler avec tel ou tel partenaire, il y a des attirances envers des metteurs en scène, et des attirances envers des textes et des auteurs. C’est très difficile de réunir les trois. Dans Un Fil à la Patte, il y avait plusieurs facteurs remplis : le personnage me plaisait beaucoup, le metteur en scène et les partenaires.



...et de ses inspirations :
Je fonctionne un peu à l’envers. Je suis plutôt gestuel que verbeux, donc je me pose la question sur la manière de bouger du personnage, et après sa manière de parler suit. Je me demande quelle est sa démarche, sa posture, ses manies gestuelles, comment il se comporte physiquement, et ensuite le reste vient.
Il y a des gens qui ont une mémoire auditive. Moi j’ai une mémoire visuelle. Le visuel me marque plus. Quand je vois quelqu'un danser, bouger, je peux le reproduire plus facilement. Il y a des imitateurs qui sont forts pour la voix, qui peuvent reproduire le timbre d’une voix. Moi je suis plus impressionné par la manière de bouger. Une démarche, pour moi, ça raconte beaucoup de choses.
C’est difficile de parler consciemment de tous les gens qui m’ont influencé… Mais nous ne sommes que des copieurs. Selon les individus, on prend un peu plus d’untel et un peu moins d’untel. J’ai rencontré des metteurs en scène qui m’ont fasciné : Benno Besson, qui est décédé maintenant, Daniel Mesguich, le premier qui m’a fait travailler en France… J’aurais du mal à tous les citer… C’est plein de petites fractions qu’on prend et qu’on met ensemble. On essaie de faire une musique avec tous ces acteurs qu’on a aimé… C’est vrai que la technique du mime est quelque chose qui me passionne. La technique d’Etienne Decroux m’a passionné, me passionne. Mais je n’aime pas la finalité du mime, je l’aime comme outil, une chose à utiliser avec précaution.  Ca peut assécher un acteur. Un mime pur pour moi est trop sec, il faut y remettre de la vie. C’est juste une technique. Le tout est de savoir à quelle dose on l’utilise.
Ce qui m’inspire ce sont les gens qu’on croise aussi dans la rue. C’est une source intarissable, les silhouettes qu’on voit. Les gens avec lesquels on s’assoit dans le métro, aux terrasses des cafés, ce sont des inspirations directes. Il y a deux types d’inspirations : les inspirations directes que sont les gens qu’on rencontre, et puis les artistes, qui ont déjà transposé leurs inspirations.
Au départ je ne voulais pas faire ce métier-là du tout. Je voulais être physicien. A l’école j’ai toujours été attiré par les sciences. J’étais très mauvais en français et en langues. Tout ce qui est littéraire, je suis une  « brèle ». La physique est ma branche préférée. Donc j’ai commencé mes études de physique et les cours me passionnaient. Mais le milieu dans lequel j’étais me déprimait profondément. J’avais mal choisi, sans vraiment bien comprendre quoi. Et c’est l’inverse des histoires habituelles : c’est ma maman qui m’a conseillé de me présenter à l’examen d’entrée de l’Institut des Arts à Bruxelles.



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